© Flora Beillouin

Les « chicanos » utilisent parfois cette formule poétique qu’on peut lire sur les T-shirts et sur les murs de Los Angeles : « Ce n’est pas moi qui ai traversé la frontière, c’est la Frontière qui m’a traversé.e. » Parce qu’on a toutes et tous, des histoires de passages de frontières, réelles ou symboliques, qui nous ont marqué.e.s.

Le jour où la frontière m’a traversé.e

Expatrié et Migrant (2)

par François Nollet

Je m’appelle François, lui Sofien. Nous sommes attablés à la terrasse du Saf-Saf, un café ancestral. Sofien tapote un petit verre contenant un café serré. Nous le faisons durer depuis une heure.

© Flora Beillouin

— Pourquoi es-tu venu en Tunisie ? Je lève les yeux tandis qu’un rayon de soleil disperse les nuages. Je n’ose répondre à Sofien que la grisaille belge est une raison suffisante pour quitter mon pays.

— Parce que j’ai toujours rêvé de voyager. Sofien acquiesce en silence. Il comprend.

— Moi aussi, finit-il par répondre. Tu peux m’aider ? Sa question me crève le cœur, il me l’a déjà posée.

— Comment ?

— Une chose peut me permettre de gagner l’Europe, un contrat. Un contrat de travail ou de mariage, ajoute-t-il avec un clin d’œil. Je fronce les sourcils, lui éclate de rire. Je n’apprécie pas l’idée d’un mariage gris. Sofien semble le deviner.

— Crois-moi, si je quitte ce pays grâce à une femme, je l’aimerais toute ma vie. De nature romantique, je préfère changer de sujet.

— Et toi ? Pourquoi veux-tu partir ?

— Imagine être né dans une prison, si belle soit-elle, ne voudrais-tu pas t’en échapper ?

 

L’humilité, dans la plupart des cas, c’est savoir quand se taire.

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