Traversées poétiques 

MAGIE QUEER

par Jil Kays

Choisir son nouveau nom

– Se réapproprier son corps  : le modifier, le marquer, le dessiner, enlever des bouts, en rajouter

– Faire groupe, faire cause commune, être un groupe d’initié-es solidaires

– Inventer un nouveau langage, des mots qui visibilisent, des mots qui libèrent, des mots qui nous font exister.

– Avoir des codes communs, inconnus du commun des mortels, des musiques, des blagues

– Rendre hommage à nos morts, celleux silencié-es, souvent tabassé-es, tué-es.

Elle est autonomie. Elle est le théâtre de tes envies, de ce qui t’englue comme ce qui te porte et te fais espérer.

A travers les déesses et les esprits, à travers une certaine adoration du monde animé qui nous entoure, on porte cet amour à nous-même. Comment aimer ce qu’on défend et adore, si on ne s’aime pas aussi  ?

Aimer les herbes, les boutons d’or, aimer les pics verts, les troglodytes mignons. Apprendre à les connaître et à travers eux et elles, apprendre à s’aimer.

Çà c’est de la grande magie.

Apprendre à aimer ce qu’on nous a appris à détester.

C’est comme un herbier, le savoir des livres, des théories féministes  : les confronter à une balade au bord de mer  : reconnaître les plantes, les oiseaux, reconnaître les plis de nos corps, les os qui les parsèment/dessinent/façonnent, reconnaître les cicatrices.

Reconnaître la marée  : est-elle haute  ? Elle monte ou elle descend  ?

Reconnaître sa propre marée intérieure. Marée basse, on voit le fond, paysage lunaire, le fond de nos peurs, celles qui sont enfouis et qui ressurgissent, nos angoisses comme des fossiles réactivés au contact de l’eau.

Marée haute, la sève monte en nous, le désir, l’enthousiasme. Les vagues vont et viennent comme le flux de nos joies et de nos tristesses.

Notre environnement, là, dehors.

Notre environnement, ici, entre nos côtes, dans notre cervelle, entre nos hanches.

Est-ce-qu’on va lui dresser un autel à notre corps  ? Allumer des bougies  ? Est-ce-qu’on va ouvrir un cercle magique, inviter notre esprit et notre corps dedans, leur demander d’être bienveillants et nous enseigner leur sagesse  ?

Est-ce-qu’on ira tous les jours cueillir des fleurs fraîches et avoir une pensée pour notre esprit et notre véhicule, le corps  ?

Est-ce-qu’on le fera polliniser par les butineuses  ? On y planterait de nouvelles plantes peut être  ?

Nous sommes ces plantes désherbées depuis si longtemps.

Nous sommes nos propres remèdes.

Nous sommes ces espèces hybrides qu’on découvre.

Nous sommes des expérimentations.

Nous sommes ce que nos parents ont planté par hasard.

Nous sommes résistants à la grêle mais il suffit d’un pesticide pour qu’on mute.

Nous sommes des nouvelles mutations nous inscrivant dans la longue lignée herbue des mutations autodidactes.

Dans les interstices, les traînées sauvages au milieu des blés, les plantes qu’on redoute de ramasser car ils vont gâter les récoltes.

Notre récolte est bien différente.

Elle est fertile par bouturage, par division, par greffe.

Tu nous coupes, nous repousserons.

Partout nous repousserons.

Ce qui nous mue c’est ce besoin urgent d’exister.

© Helene K
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