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EX VOTO

To dream, to imagine

par Kwasi Ohene-Ayeh 

« Rêver » et « imaginer » agissent comme liens nécessaires, qu’ils soient au service des loisirs et du divertissement ou de l’urgence d’émancipations personnelles et politiques. Ces deux termes impliquent de créer des réalités ou des existences a priori jugées impossibles dans le cadre d’une réalité donnée. 

« Rêver » ou « imaginer » impliquent tous deux le devoir artistique le plus essentiel : celui d’inventer des mondes alternatifs, en particulier lorsqu’on se trouve soumis à une autorité impérieuse. Dans un monde où les inégalités semblent aller de soi, la démarche initiale, si l’on souhaite s’en émanciper individuellement et collectivement, vise à rêver ou imaginer un monde contraire, en lieu et place de l’existant. L’action politique découle ainsi de la pensée qui sous-tend la volonté d’agir. 

Les deux termes, rêver et imaginer, en appellent un troisième : la liberté. En cela, la liberté de rêver et d’imaginer fait écho à la volonté politique de désirer et de penser. Cette forme de liberté signifie pas seulement que l’on peut faire ce qu’il nous plaît. Elle signifie surtout que l’on reconnaît son sens des responsabilités et de l’autodiscipline. Car il s’agit avant tout de s’engager dans une lutte, même dans des circonstances difficiles. 

Ainsi, nous pouvons, en recourant au rêve et à l’imagination, définir soi-même ses limites, ce que l’on va faire ou non. Par exemple, en refusant de s’engager dans une activité entrant en contradiction avec les causes qui nous tiennent à coeur, même si c’est par le biais du rêve et de l’imagination. Toute dévotion à une cause transcende dès lors les convenances personnelles et touche à cette abstraction que l’on pourrait appeler vérité. 

S’engager dans ses rêves ou son imagination, c’est s’aventurer dans le domaine des images – des images virtuelles, pour ainsi dire. En ce sens, on pourrait commencer à parler d’images de vérité. Le principe d’égalité est l’une de ces images de vérité. Et même si elle se définit comme vérité, elle ne peut être éprouvée qu’en pensée et en actes – en s’incarnant dans des actions ou des images réelles. 

Par conséquent, rêver et imaginer sont des interprétations d’une image universelle pour ceux qui s’engagent politiquement dans le monde qu’ils habitent en ce moment. Les deux termes traitent de l’universalité, dans la mesure où leur éthique, une fois annoncée ou professée par un individu, ouvre la porte à toute une succession de voix qui l’affirmeront à leur tour. 

Ces images, évoquées subjectivement, peuvent donc se partager collectivement. Ne sous-estimons pas la puissance infinie de cette capacité à rêver et à imaginer. Convoquons-la !

 

English version

To Dream, to imagine…

To dream and to imagine function as necessary correlates acting either in service of leisure/entertainment or in the urgent tasks of personal and political emancipation. Both terms imply the necessity to create: to create realities or existences which may be thought of as impossible within the coordinates of a given reality.

To dream or to imagine at all is to exercise the vital artistic duty of inventing alternative worlds especially when one is under imperial authority. When one finds themselves in a world in which inequality is taken for granted, the initial task, if one wishes for its opposite, is to dream or imagine another in its place, if only as momentary escape. And this is sufficient for political action for it constitutes the thought behind one’s will-to-do.

Both terms, to dream and to imagine, invoke a third term: freedom. And the freedom to dream and to imagine is the political will to desire and to think. This form of liberty cannot merely mean that one can impetuously do anything they please. It especially means coming to terms with one’s own sense of responsibility and self-discipline. Since it is, in the first place, the commitment to a struggle even if the conditions are not convenient to endure.

Which means that one could, through the activity of dreaming and imagining, limit one’s own self in terms of what one will do and what one will not do. For instance, one ought not engage in any activity that would be contradictory to the cause one has, through dreaming and imagination, committed themselves to. Which is to say that any devotion to a cause transcends personal convenience and taps into a generality that one might call truth.

To engage one’s dreams or imagination is to venture into the domain of images— virtual images, so to say. In this sense one could begin to talk about truth images. The principle of equality is one such truth image. And since it defines itself as truth as such, it can only be verified as much in thought as in deed— embodied in actions or real images, so to say.

Therefore to dream and to imagine are cognates of a universal image if one is politically motivated about the world in which they presently inhabit. Both terms address universality insofar as their ethics, once announced or professed by an individual, generate a concatenation of voices in its affirmation.

Hence such images may be held subjectively but shared collectively. The infinite power in the ability to dream and to imagine cannot be understated. We must!

Kwasi Ohene-Ayeh

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