Rencontre avec …

Créer un média pour se raconter

par Anne Bocandé

 

Sanaa Carats vient de publier le 3ème numéro de son « blingzine » hip-hop. Une aventure médiatique et entrepreneuriale qu’elle mûrit depuis quelques années, son regard nourri des magazines qu’elle chine depuis l’enfance et le rêve de se raconter, aussi, à travers ce medium.

Dans quelle mesure pour toi, créer un média c’est une manière de (se) raconter ou/et de (se) représenter ? 

Les magazines ont toujours eu une place spéciale dans ma vie. Je suis devenue une sorte de glaneuse. Il m’arrive de les ramasser dans des endroits improbables. Ils deviennent un souvenir de voyages, un compagnon de route, l’évènement de ma journée ! Ils me racontent de cette manière. Avec 33 Carats, que j’ai créé il y a trois ans, je voulais raconter l’histoire d’une personne curieuse qui a envie de parler de la culture urbaine mais surtout créer une plateforme pour parler d’artistes, d’entrepreneurs et de passionnés, qui ont tous un point commun entre eux et avec moi : le hip-hop. 33 Carats c’est la cousine arty et déjantée de la famille de Vibe, The Source, Radikal mais avec une touche de Lady Caprice et un peu de Vice !  

Beaucoup de personnes disent créer des médias parce qu’ils.elles ne se sentent pas représentés dans les médias dits traditionnels, dans quelle mesure est ce ton cas et si oui sur quoi par exemple ?

Avant de créer mon média, je participais à d’autres projets et j’ai interviewé Andy du magazine Clam. Son profil m’avait marqué car il expliquait qu’il ne se retrouvait pas dans l’offre de magazines proposés, et il a créé son média. Sa démarche semblait à la fois si simple et si complexe. Je crois qu’un an plus tard, j’ai créé 33 Carats! Surtout par envie de voir ce que ça donne de s’exprimer par soi-même, de créer quelque chose et de laisser une sorte de « création » comme patrimoine !  33 Carats s’adresse à toutes les personnes curieuses, fans de hip-hop, qui souhaitent découvrir de nouveaux talents mais aussi voyager. Je me souviens qu’on m’avait dit que lorsque tu nommes un projet, il chemine et va forcément évoluer avec le temps. Aujourd’hui j’essaie de m’autoriser encore plus de choses et de créer de nouveaux formats, de nouvelles rubriques et même rêver…Pour le numéro 3, j’ai pu cocher quelques-unes de ces cases en interviewant Erykah Badu !

Avec quels médias as-tu principalement grandi ?

Je suis une enfant des années 90, du câble et de la musique ! J’ai d’abord commencé par regarder la télévision, tous les programmes m’intéressaient des infos au reportage d’Arte sur la vie secrète des plantes ! Pour moi, ce « trop-plein » d’information me rendait curieuse. Mais j’étais déjà attirée par les programmes culturels. Dès l’âge de 10 ans, mes parents avaient installé le câble et je me suis ruée sur la BBC et MTV. C’était mon passe-temps favori de jeune Nordiste – Dunkerque- introvertie qui ne faisait pas trop d’activité extra scolaire mais qui débordait d’imagination. Je m’amusais à ne regarder que ces chaînes même si je ne comprenais rien car en plus j’avais commencé l’allemand en première langue ! C’était l’époque de Yo ! MTV Rap, Top of the Pop, mais aussi de films dont je ne comprenais pas encore l’impact de la sortie du premier album du Wu Tang Clan ou Jay Z, de La Couleur Pourpre, Do the Right Thing ou Boyz in the Hood. Mais j’avais forcément toujours un œil sur IAM et leur Ombre est Lumière, MC et Guru ou encore l’ascension de la Haine ou Ma 6-T va Crack-er.Ensuite sont arrivés les magazines, j’ai acheté mon premier magazine, StarClub parce que le groupe de jeunes rappeurs Kriss Kross était en couverture. J’ai commencé à collectionner les magazines de collégiennes, puis les magazines féminins et ensuite les magazines spécialisés, me retrouvant parfois à devoir déménager plus de magazines que de vêtements !  J’ai aussi beaucoup écouté la radio. Notamment la radio locale, Radio Rencontre,  avec mon père. Plusieurs des animateurs venaient à la maison pour discuter musique avec lui ! Il leur prêtait des cassettes et CD de sa collection d’artistes de  salsa cubaine ou de musique africaine. J’ai découvert la rumba congolaise d’Aurlus Mabele, la highlife de Prince Nico Mbarga, le ndombolo de Koffi Olomidé, mais aussi la musique traditionnelle malgache, que mon père écoutait plus jeune. Tous ces artistes qu’on ne voyait pas dans les émissions de télé traditionnels et qui n’étaient pas invités chez Jean-Pierre Foucault ou Michel Drucker, je les ai écouté presque tous les jours avec mon père! 

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