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CHRONIQUES FAMILIALES

Histoire d’un lillois

par Camélia Sghayare

Nous l’appellerons « lui », « il » ou « le jeune homme ». Il habite dans un quartier populaire de Lille, et son rêve depuis enfant c’est d’être riche, d’avoir de l’argent. Âgé de 14 ans, il admirait « les grands » de son quartier qui avaient de belles voitures, des vêtements de marque. Un jour, ils lui ont dit qu’il pourrait avoir la même chose, et réaliser son rêve d’avoir de l’argent. Le jeune homme n’a pas hésité une seule seconde. Il a commencé à vendre de la drogue. La question de l’illégalité ne se posait pas, le principal, c’est qu’à la fin de la journée il avait ses poches pleines d’argent. Il a tout abandonné pour réaliser son rêve, et en premier l’école. Sa famille se sentait impuissante face à lui, têtu et focaliser sur son but ; avoir le plus d’argent possible et facilement. En 2018, à 18 ans, il a vu ce rêve s’effondrer. Le jeune homme s’est fait arrêté pour trafic de stupéfiants. Le verdict du juge est tombé, deux ans d’emprisonnement. À 18 ans, l’âge du début de la vie d’adulte, l’âge de l’amusement, des nouvelles rencontres, lui s’est retrouvé enfermé. Coupé de sa famille qui lui a tourné le dos, coupé de tout, il a du mal à se remettre en question et n’oublie pas son rêve, l’argent est toujours sa raison de vivre.

Septembre 2019, c’est la sortie, retour dans le monde réel. Les premiers mois sont difficiles, il est encore tenté par la vente de drogue pour avoir de l’argent facilement. Le temps passe et il réfléchit : A-t-il réellement envie de vivre comme cela toute sa vie ? Dans l’illégalité, la crainte et la rue ? Au mois de février 2020, il prend la décision de se reprendre en main. Son rêve n’est plus le même. Il s’imagine avoir un travail, fonder une famille, ne plus vivre la peur au ventre. La réalité est difficile à comprendre. Travailler pour avoir moins de 2000€ est impensable pour lui, mais il va devoir l’accepter. Il était sur la bonne voie pour changer de vie. Le 15 Mars, tout s’effondre de nouveau. Le confinement a bloqué tous ses nouveaux projets. Ses rêves tombent encore une fois à l’eau. Le 1er Avril, c’est son anniversaire, il a 21 ans. Son premier anniversaire chez lui depuis deux ans, il ne l’imaginait pas comme ça. Encore une fois, imaginer, avoir des rêves, ça ne l’a pas aidé, il est juste désespéré. Aujourd’hui il attend, il traîne les rues malgré le confinement, rongé par l’ennui, ses rêves en suspens. Je me demande alors, à quoi bon rêver ? C’est vrai, depuis notre plus jeune âge nous avons des rêves mais la plupart du temps ils ne sont qu’illusoires et nous plongent dans le désespoir.

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