EDITO 

Cette crise n’invente rien, elle met en lumière un tas de problématiques que nous ne voulions pas voir, pour lesquelles nous n’avions pas le temps ” confiait récemment Mawena Yehouessi. Face à cette difficulté à se projeter collectivement, la chercheuse et artiste franco-béninoise, engagée dans l’exploration afrofuturiste, invite plutôt à conjuguer l’avenir au pluriel en recourant à l’imaginaire et au rêve pour “démultiplier les possibles futurs”. 

L’état du monde dans lequel nous vivons semble amorcer une transition vers quelque chose d’inédit. La situation actuelle de repli, de confinement et de « distanciation sociale » réduit nos marges de manoeuvre. Nous nous tournons vers les images – fixes ou en mouvement – pour réfléchir aux potentialités du virtuel. Nous transcendons le temps et l’espace en y superposant d’autres dimensions, par tous les moyens possibles, cognitifs ou numériques. 

La science fiction, qui semble soudain faire irruption dans le réel, nous pousse à faire ce pas de côté pour disséquer le présent à la lueur des utopies… mais aussi des dystopies. Ces images nous hantent en silence, réveillent nos peurs et nos fantasmes les plus enfouis, s’immiscent sur l’écran de nos nuits agitées. Saurons-nous donner à l’imaginaire et au rêve la dimension politique qu’ils méritent pour rendre notre réalité moins injuste ? 

“The Feet Story”. © Jean-David Knot
© Hélène Konkuyt

English version

« This crisis isn’t inventing anything, it’s highlighting a lot of problems that we didn’t want to see, for which we didn’t have the time, » Mawena Yehouessi recently confided. Faced with this difficulty in projecting herself collectively, the Franco-Beninese researcher and artist, engaged in Afrofuturist exploration, invites us to conjugate future in plural by resorting to imagination and dreams to « multiply the possible futures ». 

The state of the world in which we live seems to be beginning a transition towards something new. The current situation of withdrawal, confinement and « social distancing » reduces our leeway for action. We are turning to images – still or moving – to reflect on the potential of the virtual. We transcend time and space by superimposing other dimensions on them, by all possible means, cognitive or digital. 

Science fiction, which suddenly seems to burst into reality, pushes us to take this step back to dissect the present in the light of utopias… but also dystopias. These images haunting us in silence, awakening our deepest fears and fantasies, intruding on the screen of our restless nights. Will we be able to give imagination and dreams the political dimension they deserve to make our reality less unjust?

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