© Julien Pitinome – Collectif OEIL

EDITO 

On n’existe pas sans les autres. Nos identités ne sont jamais acquises ou immuables. L’acte de « se raconter, se représenter »  passe forcément par le miroir de l’autre, des autres, proches ou lointains. Cette démarche implique un cadre relationnel conscient où les participants ne sont pas nécessairement animés par une volonté de consensus. Il s’agit plutôt d’affirmer une humanité collective par des positions subjectives singulières. Une forme de solidarité qui s’élèverait au-dessus des identités ethniques et des différences de classe. 

Comment choisit-on de parler de soi aux autres ? Comment parlent-ils de nous ? Quelle est la part d’imaginaire et de fantasme dans ces récits, aujourd’hui exaltés par l’omniprésence des réseaux sociaux ? Que se passe-t-il quand on tombe le masque social ? Et si le récit de soi est à la source des récits collectifs, comment opposer des contre-discours aux récits dominants ? Sans doute, déjà, en se réappropriant la parole. En leur substituant d’autres voix. 

Car les mots qu’on emploie, la maîtrise de la langue, sont des outils de pouvoir puissants pour construire ce que le philosophe Souleymane Bachir Diagne appelle un “pluralisme dans l’universel” : L’universel n’est pas donné, il s’éprouve dans les luttes multiples et la manière, encore à déchiffrer, dont elles convergent et se mènent ensemble, solidairement, dans la visée d’un horizon commun d’émancipation.” Alors que nous luttons tous, actuellement, contre le COVID-19, nous sommes obligés de faire face aux incertitudes qu’il fait peser sur nos conditions médicales, psychologiques, économiques et technologiques par des mobilisations et des efforts de coopération tant au niveau local qu’international. C’est dans cette optique que nous sollicitons votre contribution à ce thème.

English version

We do not exist without others and our identities are never acquired or immutable. The act of « telling ourselves, representing ourselves » inevitably passes through the mirror of the other, of others, near or far. This process implies a conscious relational framework in which the participants are  not necessarily driven by a desire for consensus. It is rather a question of affirming a collective humanity through singular subjective positions. A form of solidarity which rises above  ethnic identities and class differences. 

How do we choose to talk about ourselves to others? How do they talk about us? How much imagination and fantasy is there in these narratives today exalted by the omnipresence of social networks? What happens when we drop the social mask? And if the narrative of the self is at the source of collective narratives, how can we set counter-discourses against the dominant narratives? Probably, already, by reappropriating speech. By substituting other voices for them. 

For the words we use, the mastery of language, are powerful tools of power to construct what the philosopher Souleymane Bachir Diagne calls a « pluralism in the universal »: « The universal is not given, it is tested in the multiple struggles and the way, still to be deciphered, in which they converge and are carried out together, in solidarity, in the aim of a common horizon of emancipation ». While we are all currently struggling against COVID-19, we are obliged to confront the uncertainties it poses to our medical, psychological, economic and technological conditions through mobilization and cooperative efforts at both local and international levels. It is with this in mind that we seek your contribution to this theme.

 

A diffuser sans modération !